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Laupo

Je suis né un mardi qui n’existait pas, entre deux silences et une panne d’électricité cosmique. Très tôt, j’ai montré des signes évidents de génie incompris, comme parler aux meubles et refuser catégoriquement d’apprendre à marcher dans le sens conventionnel. À trois ans, j’ai peint ma première œuvre majeure avec du ketchup et une vague intention philosophique, ce qui a immédiatement divisé la critique (ma tante et le chien).

Mon travail explore les frontières fragiles entre le n’importe quoi et l’absolument inutile. J’utilise des médiums variés : peinture, sculpture, pensées parasites, et parfois des objets que je n’ai pas rendus à leurs propriétaires. Mon style est souvent décrit comme “accidentel” ou “est-ce que c’est fini ?”, ce qui me touche profondément.

Après avoir échoué brillamment dans plusieurs non-carrières, j’ai décidé de devenir artiste à temps plein, principalement parce que personne ne m’en a empêché. Mes influences incluent le bruit du frigo la nuit, les conversations que je n’ai jamais eues, et cette sensation étrange d’avoir oublié quelque chose d’important sans savoir quoi.

Aujourd’hui, je continue de créer dans un état de confusion maîtrisée, cherchant à capturer l’insaisissable, ou au moins à faire semblant avec suffisamment de conviction. Mon objectif ultime est d’être reconnu posthumément par des gens qui ne comprendront toujours pas ce que j’ai voulu dire, ce qui serait, je pense, une belle réussite.

Mon parcours est une ligne droite qui a décidé très tôt de devenir un cercle, puis un gribouillage sans autorisation. J’ai commencé mes études dans une école dont personne ne se souvient du nom, pas même l’école. J’y ai appris des choses essentielles, comme comment regarder par la fenêtre pendant des heures en ayant l’air concentré, et comment rater un projet avec une constance admirable. Ensuite, j’ai intégré une formation expérimentale où l’on nous encourageait à “déconstruire les codes”, ce que j’ai pris au pied de la lettre en oubliant complètement d’en construire. Mon mémoire de fin d’études, intitulé “Peut-on rater volontairement ?”, a été refusé pour excès de cohérence. S’en est suivi un enchaînement de résidences artistiques imaginaires, de collaborations avortées (principalement avec moi-même), et d’expositions dans des lieux improbables : un couloir trop étroit, une cave légèrement humide, et une fois, par erreur, dans un ascenseur en panne. J’ai également occupé plusieurs postes sans rapport direct avec l’art, ce qui m’a permis de ne rien apprendre de particulièrement utile, renforçant ainsi ma démarche. Ces expériences ont nourri ma pratique en me donnant une compréhension très floue du monde professionnel. Aujourd’hui, mon parcours continue de s’écrire au jour le jour, souvent au crayon, parfois à l’envers. Je navigue entre projets incertains et idées douteuses, avec une détermination fragile mais décorative.